



Én Corée du Sud, une jeunesse veut pouvoir penser, bien et mieux que...
Dans un reportage diffusé à la mi-septembre 2026, Franceinfo met en lumière un phénomène aussi fascinant qu'inattendu : en Corée du Sud, l'essor de l'intelligence artificielle provoque un bond de l'intérêt des étudiants pour la philosophie. Au sein de l'une des sociétés les plus connectées et technologiquement avancées au monde, les lycéens se tournent de plus en plus vers cette discipline, désormais perçue comme une filière refuge et préservée face à la montée en puissance de l'automatisation. Ce choix de valoriser l'activité pensante humaine revêt un sens profond. Historiquement soumise à une pression scolaire écrasante valorisant les sciences, l'ingénierie et la rentabilité immédiate, la jeunesse sud-coréenne opère un changement de paradigme. À mesure que les algorithmes démontrent leur capacité à coder, rédiger, traduire et analyser des données plus vite que n'importe quel cerveau, la course à la pure performance technique perd de son sens. Opter pour la philosophie, c'est refuser de concurrencer la machine sur son propre terrain : celui de l'exécution et de la productivité. Ces étudiants comprennent que la véritable valeur ne réside plus dans l'accumulation de savoirs bruts, mais dans la capacité à interroger ce savoir. C'est un acte de lucidité et de résistance intellectuelle, une volonté de préserver une intériorité, un libre arbitre et une singularité que l'intelligence artificielle ne peut ni simuler ni remplacer. L'importance de cette orientation est capitale pour notre époque. Elle nous rappelle une vérité fondamentale : plus la machine progresse et devient autonome, plus l'être humain doit apprendre à penser par lui-même. L'intelligence artificielle excelle à fournir des réponses statistiques et standardisées, mais elle est ontologiquement incapable de formuler des questions inédites, d'éprouver le doute éthique ou de donner du sens à l'existence. En se réappropriant la philosophie, ces jeunes sanctuarisent le jugement critique, l'empathie et la conscience morale. Ils annoncent un avenir où la compétence la plus indispensable ne sera pas la maîtrise d'un outil technologique éphémère, mais bien la sagesse et la profondeur humaines. Face à l'uniformisation numérique, cette jeunesse démontre brillamment que la pensée personnelle demeure notre atout le plus précieux et notre ultime boussole.
Mais en Corée du Sud, qu'est-ce que les Coréens désignent par "Philosophie", enseignement philosophique ? Son enseignement se situe à la croisée d'un héritage moral millénaire et d'une approche dite "pragmatique". De l'école primaire à l'université, l'approche de cette discipline évolue considérablement. Dans l'enseignement primaire et secondaire sud-coréen, la philosophie n'est généralement pas enseignée sous ce nom, mais s'incarne à travers l'« éducation morale » et l'éthique. Fortement imprégnés par les traditions confucéennes et bouddhistes, ces cours visent, dès les petites classes (notamment via la matière "Vie disciplinée" ou Bareun Saenghwal), à inculquer des valeurs fondamentales telles que la sincérité, la justice et la considération d'autrui. Au lycée, la pensée philosophique est abordée via des cours d'éthique, une matière que les élèves peuvent présenter lors du Suneung (le redoutable examen national d'entrée à l'université). Toutefois, dans ce contexte scolaire ultra-compétitif, cet enseignement s'apparente souvent à l'apprentissage rigoureux de concepts, de doctrines et de l'histoire des idées pour réussir des questionnaires à choix multiples, laissant peu de place au libre débat critique ou à l'exercice de la dissertation tel qu'il est pratiqué en Europe. C'est dans l'enseignement supérieur que les jeunes coréens peuvent suivre des cours de Philosophie. Les départements de philosophie des grandes universités sud-coréennes (comme Myongji ou Sungkyunkwan) structurent leur enseignement autour de deux grands axes : avec la pensée orientale, les élèves sont conviés à engager une étude approfondie du néo-confucianisme, du taoïsme, du bouddhisme et de la pensée coréenne (comme les œuvres des lettrés Yi Hwang ou Zhu Xi), permettant aux étudiants de comprendre les fondations spirituelles et sociales de leur société; avec la pensée occidentale, le cursus intègre l'histoire de la philosophie occidentale (de l'Antiquité grecque aux penseurs contemporains allemands, français et anglo-saxons), l'épistémologie, l'ontologie, et l'éthique appliquée. Aujourd'hui, l'enseignement universitaire de la philosophie en Corée du Sud se distingue par sa dimension utilitaire assumée. Face à une économie capitaliste en mutation rapide où les compétences purement techniques (le "hardware") deviennent vite obsolètes, les universités promeuvent la philosophie comme un "software" intellectuel fondamental : un outil de formation à la pensée créative, à la résolution de problèmes et à l'adaptabilité. La logique symbolique et le raisonnement critique y sont enseignés avec rigueur. Ils sont en effet considérés comme des leviers indispensables pour réussir les tests d'aptitude très sélectifs menant aux écoles de droit (LEET) ou de médecine (MEET, DEET) sur le modèle américain. Ainsi, loin d'être perçue comme une simple contemplation abstraite, la philosophie est enseignée comme une gymnastique intellectuelle structurante, capable de former des individus dotés d'un jugement aiguisé face aux défis technologiques et éthiques de demain.
En France, le pouvoir actuel bloque la force de la pensée philosophique, en limitant l'existence de son enseignement. Les UFR souffrent, de sous-financement, sont même menacées de fermeture.
La FIFA et l'exploitation des joueurs et des arbitres...
La communauté du football mondial a été orientée, à partir des années 50, mais surtout à partir des années 70, vers l'extrême enrichissement. Les "dieux des stades", les joueurs, ont été transformés en "stars", en personnes importantes, en VIP. La propagande en faveur de ce football-là a eu pour effet, si ce n'est pour objet, d'habituer les citoyens des Etats industriels, aux écarts, toujours augmentés, entre les plus bas revenus et les autres. Ainsi, il n'est pas rare que des professionnels, du football, mais aussi d'autres sports, d'autres domaines (artistiques, médiatiques), perçoivent, en une année, ou en quelques années, une rémunération infiniment supérieure à celle d'un travailleur pauvre, pendant toute sa vie. Des participants à ce processus n'ont pas arrêté de répéter que c'était là une "chose normale", en confondant normalité et norme.
En 2026, aux températures extrêmes, il faut ajouter les rémunérations extrêmes. Les adeptes du "toujours moins" pour les autres, applaudissent ce toujours plus, pour une minorité. Aux Etats-Unis, Etat qui a grandement contribué à ce processus, mais aussi au Mexique et au Canada, la FIFA a donc décidé de tenir sa Coupe, sur son cycle de 4 ans. La situation financière de la FIFA est ici décrite : https://theconversation.com/deficits-spectaculaires-et-revenus-records-les-cycles-financiers-de-la-fifa-une-strategie-gagnante-284231
Actuellement, des équipes du monde entier opposent, des joueurs millionnaires, d'autres, beaucoup moins fortunés, et des encadrants, comme les arbitres, qui le sont encore moins. Ceux-ci ont une rémunération "de base", de 70 000 dollars, et pour les arbitres qui seront en fonction pour la finale, le montant est plafonné à 100 000 dollars - un tel "plafond" n'existe que pour eux. Pourtant, ces professionnels sont indispensables au jeu : les joueurs ne peuvent pas s'arbitrer eux-mêmes. Même si, par comparaison avec la majorité des travailleurs, les arbitres sont mieux rémunérés, ils ne le sont pas, par comparaison avec les joueurs. Or, qu'observe t-on sur les terrains de jeu ? Les joueurs qui s'adressent aux arbitres le font souvent avec peu de respect. Pourquoi ? Parce qu'ils s'adressent à des "serviteurs", comme ils le font pour leurs domestiques : puisque le respect n'existe qu'en fonction de la fortune, ces "pauvres arbitres" sont méprisés. Toujours plus de "fortune", toujours moins de respect pour les autres : le football soutenu par la FIFA incite à la cupidité, ce désir de "toujours plus", quitte à marcher sur les autres... En perdant un match de huitième de finale, des joueurs et des soutiens ont perdu beaucoup d'argent, qui, mécaniquement, aurait été gagné par une victoire, un accès aux quarts de finale. Quand des rêves de Crésus sont là, les risques de corruption s'élèvent. "L'homme du golden age" n'hésite pas à l'affirmer, fier de lui. "L'ascension financière" éloigne des réalités terrestres : les avoirs astronomiques laissent penser que le bénéficiaire appartient à une élite d'élus. D'autres interprètent de manière raciste cette perception, cette croyance. Pourtant, la "sélection des meilleurs" ne tient que par les dons de la majorité civique. Il suffirait d'une grève mondiale du "support" pour que ces "personnes très importantes" ne tombent de leur piédestal, et retrouvent la réalité raisonnable. Pour l'instant, nous n'avons jamais vu ces joueurs soutenir une grève mondiale pour l'augmentation de tous les salaires. Pourtant, des désirs sociaux pour une vie augmentée, améliorée, ne peuvent se confondre avec cet enrichissement via le football : ils sont légitimes, parce qu'il ne s'agit pas, pour les citoyens du monde, de vivre comme des Crésus, mais de mieux vivre, quand et comme cela est possible - et ce pour tous. Pourtant, entre une finale de Coupe du monde, et une telle grève mondiale soutenue par des footballeurs et d'autres, qu'est-ce qui serait le plus beau ?

Platon, par Alain : le bulletin de l'association Alain publie...
Elle incite à la lecture, relecture, des oeuvres et des textes de ce professeur de Philosophie, devenu, par son travail, "philosophe". Formé par des écoles de la IIIème République, le jeune élève a beaucoup travaillé, comme l'école le lui demandait, avant de commencer un travail personnel, là où d'autres se sont contentés de produire des cours. Les évènements, les structures de son époque, furent tels qu'il ne lui a pas paru possible de se taire. Alain a donc beaucoup écrit, parlé, publiquement. Son engagement contre le militarisme, pour la paix, n'était pas plus facile qu'il ne l'est maintenant - mais au moins, à son époque, des armes d'extermination des peuples et du vivant n'existaient pas, et si elles avaient déjà existé, son engagement n'en aurait été que plus fort et radical. Hélas, à notre époque, tant se soumettent à la force des armes, qu'il ne faut pas confondre avec une "loi" humaine, digne de ce nom. Elles permettent à n'importe quel capricieux, sanguin, de décider de la mort de tant d'êtres humains, au motif de son bon plaisir et d'une prétendue "nécessité". Pour construire sa pensée, Alain a beaucoup lu, et notamment Platon. C'est ce qui a conduit à la rédaction et à la publication de ce texte, dans le bulletin de l'association.
Des extraits de ses textes sont disponibles via des catégories, comme présentées ci-dessus.
Par exemple, sur et contre "la guerre". La guerre (ce mot allemand en langue française), Alain l'a connu de près, puisqu'il s'est engagé en 1914, alors que commençait ce que l'on appelle la "première guerre mondiale". "Philosophe", il le démontre, dès lors qu'il prend le contrepied du "on dit" social dominant. Par exemple, il faut lire "La paix par le droit" : "Celui qui a proposé cette formule connue : « la paix par le droit » a fait tenir, il me semble, beaucoup d’erreurs en peu de mots. Là-dessus j’ai d’abord réfléchi longtemps, sans beaucoup de suite et sans jamais rien découvrir ; et puis, quand la guerre m’a tenu sur ce problème pendant des heures et des jours, j’ai enfin compris que les bonnes intentions ne mènent à rien tant que les idées sont mal attelées. « La paix par le droit », c’est un cri de guerre, à bien l’entendre ; c’est même le cri de la guerre. La première erreur qu’il faut effacer, c’est (...)". Dans le contexte actuel, sa critique de l'aporie de l'invocation du "droit" démontre à quel point ce qui domine la parole publique nationale est de si faible portée, profondeur.
A lire sur le site de l'association, le texte du président de l'association, Thierry Leterre, "Le philosophe Alain face à la guerre" : "Pour Alain, l’expérience de la guerre finit par se dédoubler. C’est l’expérience du danger au combat, de la souffrance des corps dans des conditions de vie précaires, mais aussi l’expérience de « l’esclavage militaire ». Aux tranchées, il a constaté un type de pouvoir détenu par les officiers qu’il compare à celui des « satrapes d’autrefois ». Il lui arrive de se rappeler la phrase d’un camarade de combat à propos de la hiérarchie militaire : « ils ne savent pas faire la guerre, mais ils savent commander ». C’est une façon d’indiquer que les formes militaires ont débordé, et de loin, les seules obligations de la guerre et de ses sacrifices : le pouvoir n’était pas seulement celui nécessaire au combat, mais une forme de nouvelle société hiérarchisée par la brutalité. La situation de l’homme de troupe, Alain la résume le lendemain de sa libération de l’armée dans une lettre à son ami Elie Halévy : « j’étais habitué au mépris »."
Il faut donc lire Alain, comme il faut lire Platon. Le site de l'association le permet, mais des lectures publiques existent aussi, des lectures qui précèdent des discussions. C'est ce que le vice-président de l'association Pierre Heudier anime régulièrement.
Dans son bulletin qui vient de paraître, l'association a publié le texte "Platon (Socrate), par Alain : « de bout en bout »". En effet, Alain a affirmé et démontré à quel point il fut un lecteur, attentif, réfléchi, des Dialogues. Un extrait de ce texte sera partagé ici dans quelques jours.
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L'association des amis d'Alain a été fondée 20 jours après le décès d'Émile-Auguste Chartier, surnommé "Alain", né le 3 mars 1868 à Mortagne-au-Perche, mort le 2 juin 1951 au Vésinet. Près de 75 ans plus tard, l'association existe encore, par l'engagement de lecteurs et lectrices, admirateurs d'un intellectuel français dont les oeuvres, les "propos", ont survécu à leur époque - ce qui ne sera pas le cas d'intellectuels actuels, médiatisés. L'association est animée par un conseil dont des membres sont indiqués par leur nom (image ci-dessus).








La présentation du livre :
Si des encyclopédies et des "IA" prétendent que sur chaque sujet, elles ont, sont, les réponses, la lecture de celles-ci conduit souvent à la conclusion que les promesses ne sont pas tenues, parce que des questions restent sans aucune réponse, parce que des questions ne sont pas posées. Les nouvelles générations peuvent se réjouir : il y a bien du travail pour elles, et cet ouvrage entend le démontrer à propos des Dialogues de Platon. De ceux-ci (2000 pages dans une édition récente en un seul volume), ce livre est une "introduction" : 30 ans après un travail universitaire consacré à Platon, préparatoire à une thèse en Philosophie, de nombreuses lectures et recherches sur le sujet, des années d'enseignement, il s'agit, par ces 5 entrées, Muthos (les récits), Mystères (l'expérience et ses secrets), Tragédies (l'Histoire et ses représentations), Dialogues (la relation humaine idéale), Logos (la Parole), de révéler l'ensemble de la structure de cette pensée, ses conditions, ses problématiques, objectifs, dons. Dans ses principes, il y a la Musique, décisive, pour désigner toute la culture, le corps humain si particulier, avec, par exemple, ses visions, l'importance des autres êtres humains (au point que le dernier grand personnage des Dialogues est appelé, simplement, "l'Étranger"), la construction de nos communautés, le projet d'une meilleure pensée, d'une meilleure Parole, pour une meilleure Communauté, enfin, unie - parce qu'il n'est pas possible de comprendre cette pensée sans connaître ce problème des Grecs, leur penchant pour les querelles et pire encore. La pensée de Platon est autrement plus complexe, subtile, puissante, que ne le dit la fameuse caricature par Karl Popper (Platon, totalitaire !). Si elle peut être contredite, critiquée, il faut au moins la connaître réellement. Des anti platoniciens explicites, comme Nietzsche, ont pu y prétendre mais n'ont rien proposé qui soit à la hauteur. Pour affronter un géant, qui n'est pas un cyclope, il ne faut pas se réduire à la négation infantile, à la réduction caricaturale, puisqu'il faut en avoir une véritable connaissance et se connaître soi-même, ce qui n'est pas aussi facile qu'on peut le croire et le dire. Si Platon a bien perçu et évoqué l'existence et l'impression publique des prétentieux, il n'a que faire de ces tricheurs, ceux qui font semblant. Et nous ? Il appartient à chacune, chacun, de décider où elle et il se situent.

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Jean-Pierre Vernant Jean‑Pierre Vernant (1914‑2007
De formations : Historien, anthropologue et philosophe français, spécialisé dans la Grèce antique, en particulier, les mythes, la tragédie et la société grecques. Agrégé en philosophie en 1937 ; Membre de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale (chef des FFI en Haute‑Garonne sous le nom de « Colonel Berthier »). professeur au Collège de France et membre du CNRS, où il a dirigé la section d’anthropologie de la Grèce ancienne. Œuvres majeures : Mythe et tragédie en Grèce ancienne (avec Pierre Vidal‑Naquet); Œdipe et ses mythes (avec Pierre Vidal‑Naquet); L’univers, les dieux, les hommes (essais sur la pensée grecque)
Dans "Les origines de la pensée grecque", Jean-Pierre Vernant a écrit, à propos du "Muthos"... (préface à la nouvelle édition)
« Ce qui est vrai de la raison ne l’est pas moins du mythe. Les travaux récents des anthropologues nous mettent en garde contre la tentation d’ériger le mythe en une sorte de réalité mentale inscrite dans la nature humaine et que l’on retrouverait à l’œuvre partout et toujours, soit avant, soit à côté, soit à l’arrière-plan des opérations proprement rationnelles. Deux raisons, dans le cas grec, nous incitent à la prudence et nous recommandent de distinguer dans la pensée mythique des formes et des niveaux divers. Le mot mythe nous vient des Grecs. Mais il n’avait pas pour ceux qui l’employaient aux temps archaïques le sens que nous lui donnons aujourd’hui. Muthos veut dire « parole », « récit ». Il ne s’oppose pas, tout d’abord, à logos dont le sens premier est également « parole, discours », avant de désigner l’intelligence et la raison. C’est seulement dans le cadre de l’exposé philosophique ou de l’enquête historique qu’à partir du Ve siècle muthos, mis en opposition avec logos, pourra se charger d’une nuance péjorative et désigner une assertion vaine, dénuée de fondement faute de s’appuyer sur une démonstration rigoureuse ou un témoignage fiable. Mais même dans ce cas muthos, disqualifié du point de vue du vrai dans son contraste avec logos, ne s’applique pas à une catégorie précise de récits sacrés concernant les dieux ou les héros. Multiforme comme Protée, il désigne des réalités très diverses : théogonies et cosmogonies, certes, mais aussi fables de toute sorte, généalogies, contes de nourrice, proverbes, moralités, sentences traditionnelles ; en bref, tous les on-dit qui se transmettent comme spontanément de bouche à oreille. Le muthos se présente donc, dans le contexte grec, non comme une forme particulière de pensée mais comme l’ensemble de ce que véhicule et diffuse, au hasard des contacts, des rencontres, des conversations, cette puissance sans visage, anonyme, insaisissable que Platon nomme Phèmè, la Rumeur. Or, précisément, cette Rumeur dont est faite le « muthos grec, nous ne pouvons la saisir ; d’où un motif supplémentaire de prudence. Dans les civilisations traditionnelles qui ont conservé leur caractère oral, les ethnologues, quand ils mènent leur enquête sur le terrain, peuvent se mettre à l’écoute des récits de toutes sortes qui forment, par leur répétition, la trame des savoirs communs des membres du groupe. Mais pour la Grèce nous ne possédons et ne posséderons jamais que des textes écrits. Nos mythes ne nous parviennent pas vivants à travers les paroles sans cesse reprises et modifiées par la Rumeur ; ils sont définitivement fixés dans les œuvres des poètes épiques, lyriques, tragiques qui les utilisent en fonction de leurs propres exigences esthétiques et leur confèrent ainsi, dans la perfection de leur forme, une dimension littéraire. Les recueils qu’à l’époque hellénistique confectionnent des érudits en colligeant systématiquement, transcrivant, classant les traditions légendaires pour les regrouper et les ajuster ensemble sous forme de répertoires mythologiques, ont le même caractère d’œuvre écrite, élaborée par tel ou tel auteur.
Il s’agit donc aujourd’hui, non de dresser l’un en face de l’autre comme deux adversaires bien distincts avec chacun ses armes propres, le mythe et la raison, mais de comparer, par une analyse[…] »








Un entretien avec Patrick Tort, le plus grand spécialiste mondial de l'oeuvre de Charles Darwin, à lire dans son ouvrage-manifeste, "Qu'est-ce que le matérialisme ?"
Ce site est le prolongement du livre "Platon, Une introduction...". Comme le livre, il ne contient pas une biographie de Platon, puisque les informations et les hypothèses concernant sa vie, sont exprimées sur de nombreux sites spécialisés, dans de nombreux ouvrages. Ils ne proposent pas également une présentation scolaire, ou académique, de Platon et de son oeuvre. Le livre et le site proposent des lectures de celle-ci, de prendre en compte chaque détail, comme nous le faisons pour un tableau.


Par exemple, dans ce tableau, nul ne songerait, pour le prendre en considération puis en parler, à nier explicitement un détail, à le penser et à parler de lui, comme si tel ou tel détail ne faisait pas partie de l'ensemble. Or les oeuvres "littéraires", sont composées par un ensemble d'images, comme des pixels : chaque lettre, associée à d'autres, forme un mot-image, et les phrases forment des images. Avant la photographie et le cinématographe, chaque lecture d'un livre consistait en une floraison d'images, selon les capacités, "l'imagination" des lecteurs - puis la photographie et le cinématographe sont venus proposer leurs productions, "reproductions".

C'est ce que fait la série, "Fondation" (ici, saison 3), à partir de la saga d'Isaac Asimov. Les récits-dialogues nous proposent une suite d'images, contraignantes et floues, puisque, à la différence des auteurs en littérature, Platon n'énonce pas des descriptions précises des personnages, des caractéristiques de leur corps, de leur allure, etc. Mais pour ce qui lui importe, Platon est précis. C'est ce qui est expliqué, par exemple, concernant le début de "Politeia" ("La République"). Il se trouve que certains détails sont très significatifs, "changent tout". Des lectures rapides ont pu favoriser des interprétations superficielles. Dans un ouvrage de 96 pages, il ne s'agit pas d'expliquer tout, ce qui est, de facto impossible, mais, en rendant explicite la structure de l'oeuvre, des détails importants sur ces représentations, il y a et il y aura un acquis essentiel, celui de ne pas confondre la pensée de Platon avec ce qu'elle n'est pas. A partir de la somme des détails que nous devons prendre en compte, quelle image globale pouvons-nous et devons-nous former de cette oeuvre ?
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Ce site est publié à partir de septembre 2025. Au fur et à mesure des prochains mois, de nouvelles publications seront ajoutées, dans les catégories-pages indiquées en en-tête. Dans les prochaines semaines, plusieurs sujets importants évoqués ou présentés, analysés, dans ce livre, seront développés dans des textes complémentaires.
